//NOUVELLE GÉNÉRATION EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT

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Pour ce nouvel article j’ai eu envie d’apporter un regard complémentaire aux articles « Image d’Epinal » et « No man’s land ». Dans ces textes CDu interroge la façon dont l’architecte d’aujourd’hui est représenté et de quelle façon le praticien décide d’être mis en scène ainsi que les projets qu’il dessine. Elle souligne le formatage des images d’architectes « photographiées en noir et blanc, type Harcourt, les cheveux fous et l’œil malicieux ». Des images très léchées, sur fond blanc ou noir, créant ainsi des figures iconiques. Il en est de même pour les images de projet, les bâtiments et les rues ne voient pas l’ombre d’une âme. Ces représentations très épurées presque nues sont en effet légion, elles correspondent aux codes de communication de notre époque. Elles permettent également de développer un langage et une culture propre au métier. Pourtant, elles reflètent peu le monde de l’architecture, qui est beaucoup moins glamour et bien plus complexe.

En lisant ces deux articles j’ai réalisé que depuis quelques années je ne suis que très peu confrontée à ces images iconiques. En effet, je dirige mon intérêt et ma pratique vers le travail de nouvelles figures d’architectes. Des architectes qui s’exposent et présentent leurs projets d’une façon autre : la figure du praticien s’efface derrière le collectif. De jeunes architectes, qui s’associent à des praticiens d’autres corps de métier pour ne former qu’un, un collectif.

A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU

Le collectif est généralement pluridisciplinaire et protéiforme, il lui arrive même de muter. Son objectif est l’équilibre entre le faire et la pensée, la pratique et la théorie. Il refuse le plus souvent le travail en agence, a soif de terrain et de pratiques collectives. Sa démarche est ouvertement sociale, elle tend vers l’autre, vers celui qui habite et qui habitera. Il s’interroge sur les moyens à mettre en place pour faire la ville. Le collectif est à lui seul un laboratoire de réflexions et d’actions. J’utiliserai le terme de collectif dans cet article mais il peut être une association, une coopération…

Les collectifs existent depuis plusieurs décennies ; si cette nouvelle vague se développe depuis une vingtaine d’année, elle explose réellement depuis maintenant dix ans. En France (je ne parlerai que d’eux) ils couvrent une bonne partie du territoire : on peut les voir à Nantes, Lilles, Bordeaux, Paris, Marseille, ils sont souvent mobiles et s’exportent parfois au-delà de nos frontières. Longtemps déconsidérés ils commencent à se faire connaitre et à être reconnus, le Pavillon de l’Arsenal leur a dédié une exposition en 2012 dans « Re.Architecture » et ils ont été largement représentés en 2014 dans « Matière grise », autre exposition du Pavillon.

Leur pratique réinterroge les modes de fabrications de la ville, ils s’intéressent souvent aux parcelles délaissées, aux interstices, et travaillent de façon « acupuncturale » au travers de petites interventions. Les thèmes qu’ils croisent à l’architecture sont souvent l’art, la récupération, l’écologie, rendant toujours leurs actions festives. Ce qui les relie, c’est la place qu’ils offrent aux usagers dans l’espace public, pour eux l’architecture et l’urbanisme doivent se faire à partir d’en bas et non plus d’en haut. Ils poussent encore plus loin les pratiques de l’habitat participatif, qui existent depuis de nombreuses années, où l’architecte était déjà celui qui donnait la parole, faisait le lien, analysait et tentait de donner une réponse cohérente aux aspirations de chacun. Selon eux, l’habitant doit pouvoir s’approprier l’espace public de la plus petite échelle à une plus importante, faire sien le lieu où il habite. Pour ce faire, les outils sont multiples : ateliers, jardins partagés, tournages de films, cafés spontanés ou itinérants, etc. A travers l’ensemble de ces actions les collectifs s’intéressent à l’énergie des participants, à leur savoir-faire et à leurs connaissances. Ils sont à la recherche d’une spontanéité collective et l’exploite pour fabriquer de nouvelles formes de morceaux de villes.

L’aspect du « faire », très développé dans leur approche, est toujours accompagné d’un travail de recherche théorique. A travers ces actions, ce sont de réels manifestes qu’ils mettent en place, se concentrant non plus sur « l’objet » fini, mais sur tout le processus de l’action alimenté par une réflexion en parallèle souvent composée d’écrits.

UN CERTAIN REGARD

C’est ainsi une nouvelle pratique de l’architecture qui se met en place, une approche très sensible et assez engagée, qui est toujours complémentaire avec ce qui s’est toujours fait. Les collectifs ont une expérience du terrain plus juste, une compréhension plus nette de qui sont les habitants et de leurs aspirations. A travers leurs actions ils permettent aux habitants de se sentir concernés par les lieux où ils vivent à travers l’appropriation et le développement du sentiment d’appartenance. De plus, ils favorisent le changement de regard que l’on peut porter sur un quartier en mettant en avant les potentiels du site.

Si les collectifs n’ont pas toujours été considérés par les pouvoirs publics, aujourd’hui leurs pratiques tendent à être reconnues. De plus en plus les commandes publiques affluent, et de nombreux acteurs de l’aménagement reconnaissent les qualités ainsi que l’utilité des connaissances et des compétences que possède l’ensemble de ces collectifs. Plusieurs communes leurs ont déjà fait confiance pour des projets très divers de moyenne ou de grande importance, comme à Bordeaux avec le collectif Bruit du Frigo.

Fondé en 1995, si le collectif a d’abord monté des projets culturels et participatifs sur l’espace public, aujourd’hui » Bruit du frigo intervient pour des communes, des collectivités locales, des structures culturelles et artistiques, des centres sociaux, des établissements scolaires, des associations d’habitants « [1]. La plupart des projets sont éphémères et toujours participatifs. En 2013, il travaille pour la mairie de Genevilliers qui lui demande d’engager une prospective pour une amélioration des espaces publics d’un des quartiers de la ville. A travers une structure nomade polyvalente, Bruit du Frigo est allé à la rencontre des habitants pour faire naître des pistes de travail nouvelles qui seront développées dans l’avenir. Les collectifs deviennent alors les médiateurs désignés entre les habitants et les municipalités rendant ainsi les projets plus justes et plus durables. Leur approche devient alors complémentaire du travail déjà engagé sur les territoires.

Autre exemple : Les Saprophytes, ont travaillé avec l’agence de paysage Empreinte, sur une mission inscrite dans un projet de ZAC. Leur rôle a été la médiation de la production d’un parc construit par les habitants, des professionnels et des étudiants volontaires. A travers un festival des jardins, ils font appels ce qu’ils nomment la « participation active » incitant les futurs usagers à avoir une place clé dans ce futur parc et à faire émerger de nouveaux usages.

Le Pérou, se définissant comme « un laboratoire de recherche-action sur la ville hostile conçu pour faire s’articuler action sociale et action architecturale en réponse au péril alentour, et renouveler ainsi savoirs et savoir- faire sur la question », et Les Enfants du Canal, ont lancé une consultation internationale pour la création d’un centre d’hébergement d’urgence nomade intra muros à Paris. Le cahier des charges de la consultation a été mis en place à travers des ateliers avec les résidents des centres d’hébergements d’urgence des Enfants du Canal. Le jury de la consultation, composé de la moitié d’anciens sans abris, a sélectionné 10 projets faisant l’objet d’une exposition au Pavillon de l’Arsenal.

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C’est bien toujours l’humain qui est au cœur de la démarche et le processus de création qui importe plutôt que l’objet fini. L’objectif est de marquer l’usager et non seulement la ville. La place est donc donnée à la fabrication en coopération avec l’homme.

A travers l’ensemble de ces actions les collectifs sont en train d’acquérir une nouvelle lisibilité et leurs champs d’action se développent de façon plus étendue.

PLUSIEURS PRATIQUES, UN ENGAGEMENT

L’approche du projet que ces collectifs possèdent à travers l’expérimentation à l’échelle 1, leurs sensibilités pour les sciences sociales ainsi que leurs connaissances de la gestion, de l’économie et également de la communication, permet d’ouvrir un champ des possibles plus vaste à l’heure actuelle pour un jeune architecte, une expérimentation plus évidente pour ceux qui ont soif de « faire », ainsi qu’un regard complémentaire dans la fabrication de la ville.

Ils sont également une force dans la réflexion de ce qu’est le métier d’architecte et réinventent la pratique. A l’heure où nos études sont terminées et que nous rentrons petit à petit dans la profession, l’envie de nous positionner en tant qu’architecte se fait sentir de façon plus nette que lorsque nous étions encore sur les bancs de l’école. Quelle pratique engager ? Pour qui travailler ? Comment arriver à mettre nos idées aux services d’autrui et à être cohérent dans nos démarches? Ces collectifs font partie d’une réponse possible, c’est parce que je partage leur engagements et les valeurs qu’ils défendent que j’ai eu envie de les mettre en lumière à travers cet article.

Ces architectes là ne posent pas en noir et blanc sur les couvertures de magazines, ils ont pourtant les cheveux ébouriffés et le regard malicieux, mais ils ont transformé les codes de la représentation. Sur les images qu’ils nous présentent, il est difficile de distinguer qui est qui au sein même de l’équipe mais également entre les membres du collectif et les participants. Ce sont toujours des images représentant une équipe au travail, autour d’une grande table, durant un chantier ou d’évènements festifs. Il ne s’agit plus d’une figure seule hors contexte mais toujours d’un ensemble d’individus au cœur d’une action, nous offrant ainsi une image sûrement plus juste du métier d’architecte, car toujours au sein d’un groupe. Une image un peu moins glamour mais tout aussi séduisante.

 

Note :
[1] http://www.bruitdufrigo.com/

// APG

Le petit son de l’article : Fela Kuti – « I.T.T. ( International Thief Thief) »

 

 

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