// HOMS VILLE DETRUITE, QUELLES REALITES FRANCAISES DERRIERE L’HORREUR

Syrie_Homs_ville_detruite

Il y a quelques mois j’ai publié un article sur l’urbicide comme « meurtre rituel de la ville », moyen utilisé par un chef de guerre pour essouffler la population ennemie en détruisant une partie de son identité à travers la destruction méthodique de la ville. Aujourd’hui je vous propose de visualiser une vidéo de Homs filmée en janvier 2016, dont CCFD Terre solidaire fait le relais sur les réseaux sociaux avec pour légende « La prochaine fois que quelqu’un se demande pourquoi les réfugiés syriens risquent tout pour venir en Europe, montrez lui cette vidéo filmée à Homs en janvier 2016 ! ».

UNE VIDÉO, MAIS PAS SEULEMENT … HISTOIRE D’Y VOIR [PEUT-ÊTRE] UN PEU PLUS CLAIR

En effet, personne n’est passé à côté de l’information selon laquelle des milliers de Syriens fuient leur pays. Une information qui a explosé à l’automne 2015 jetant à la face du monde la réalité de cette population en déplacement tout en recouvrant d’un voile épais la réalité de tous les autres migrants attendant leur statut depuis plusieurs années en France et venant des 4 coins du monde. Un méli mélo de termes les définissent et nous avons tous un peu de mal à savoir ce qu’ils représentent : migrants/ réfugiés/ demandeurs d’asile. Des termes qui cachent autant de réalités que d’hommes et de femmes qui se déplacent vers des terres de secours. Mais pour l’Etat Français, ils correspondent de façon très pragmatique à des statuts déterminés.

Actuellement je mène une permanence architecturale dans une association d’hébergement d’urgence avec une halte de jour, un foyer 115 et aussi disposant de quelques places pour demandeurs d’asiles. Cette question migratoire est devenue une de mes réalités quotidiennes à laquelle je porte beaucoup d’attention. Ainsi je vous propose un petit éclairage sur ces réalités parfois mal relayées par les médias, et qui nous perd tous un peu.

DES STATUTS QUI CACHENT UNE MULTITUDE DE RÉALITÉS

Le migrant est celui qui se déplace par nécessité/survie vers une terre où il trouvera la sécurité. Le demandeur d’asile est celui qui demande la protection d’un autre pays, pour cela il doit suivre un certain nombre de démarches : faire une demande de domiciliation afin d’avoir une adresse, aller à la préfecture afin d’y déposer ses empreintes, remplir un dossier indiquant le motif de la demande de protection exprimé en français. Pour cette procédure il a 21 jours, il doit souvent trouver quelqu’un qui traduira pour lui son récit de vie.

Durant tout ce temps il doit pouvoir manger et s’abriter, mais où et comment ? A travers le 115, les restos du cœur, le secours pop, etc… certains ne sont pas toujours au courant de l’existence de ces structures et des moyens de subsistance qu’elles proposent, de fait ils dépensent tout l’argent qu’ils leur reste dans des chambres d’hôtel coûteuses.

Lorsque le statut de demandeur d’asile est accepté, un certain nombre de droits leur est ouvert : protection sociale (CMU), hébergement dédié, et une allocation de subsistance (340,50eurs / mois en moyenne) mais il leur est absolument interdit de travailler. Ce statut est assez précaire quand on sait dans quelle misère psychologique et morale se trouvent ces gens, contraints par la barrière de la langue à s’isoler. Dans d’autres pays, les demandeurs d’asile peuvent travailler, des cours dans la langue du pays sont mis à dispositions ainsi que des cellules psychologiques. En France, tout cela dépend du bon vouloir et des moyens que possèdent les associations qui les accueillent.

RÉFUGIER OU DÉBOUTÉ ?

Si les demandeurs d’asile Syriens obtiennent leur statut de réfugié plus ou moins « rapidement » depuis plusieurs mois, le demandeur d’asile lambda doit attendre en moyenne deux ans avant d’obtenir son statut de réfugié décidé par l’Ofpra (l’office français de protection des réfugiés et des apatrides).

L’Ofpra, c’est la structure qui détermine si le statut de réfugié est accepté ou non. Elle envoie une convocation pour un entretien puis prend la décision en s’appuyant sur un dossier qui doit pouvoir étayer à travers des preuves tangibles l’ensemble des propos, ce qui peut être parfois compliqué quand on a fuit son pays en catastrophe. Car les demandeurs d’asile ne fuient pas seulement les guerres, ils peuvent être en danger de mort pour des raisons personnelles ou fuir des régimes dictatoriaux terrifiants comme la Somalie ou L’Erythrée par exemple.

Quand la demande d’asile est acceptée, le demandeur d’asile devient alors aux yeux de l’État un réfugié, il acquiert alors les mêmes droits qu’un citoyen français (excepté le droit de vote et d’accéder à certaines fonctions où la nationalité française est obligatoire). Il pourra à l’avenir, s’il ne peut rentrer dans son pays, demander la nationalité française. Dans le cas contraire il est « débouté », on lui propose alors un vol aller en classe éco vers son pays !

QUELQUES CHIFFRES

Depuis 2013, en France, ce sont 1500 demandeurs d’asile syriens qui ont obtenu le statut de réfugié. Je vous laisse juger l’importance de ce chiffre face au 5 millions d’individus qui ont fuit leurs pays ces deux dernières années …

D’après l’Ofpra, 5 122 personnes ont fait une demande en 2015. La même année en  Allemagne, 180 000 syriens ont demandé le statut, 51 000 en Suède. Les demandeurs d’asile syriens boudent l’obtention du statut en France car les conditions d’accueil ne sont pas optimales. D’après Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile : « Si la France n’attire pas les réfugiés aujourd’hui, c’est simplement parce qu’elle ne propose pas de les accueillir ».

Ainsi les Syriens ne sont pas les plus nombreux à demander l’asile en France, alors que c’est pour eux que des mesures exceptionnelles ont été mises en place. Et la France n’est pas un des premiers pays à les accueillir. Le Pakistan est en tête avec 1,6 millions de réfugiés, devant l’Irak avec 857 000 de réfugiés.

ET ENFIN… LES IMAGES !

Avant de vous jeter aux yeux cette vidéo de Homs détruite, j’ai préféré prendre le parti de vous faire partager un peu de cette connaissance que j’acquiers chaque jour et qui me permet d’y voir un peu plus clair dans cette mer d’informations souvent douteuses, qui oublient beaucoup que, derrière ces mouvements de populations de masse venues des 4 coins du monde, se cachent des hommes et des femmes qui ont tout perdu.

 

Pour aller plus loin : L’émission « Un monde de camps » de Terre à Terre sur France culture.

APG//

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