// BARCELONE OU LE DEGOUT DU TOURISTE !

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Image à la une de La ville en débat sur Site et Cité, atelier d'écriture pour jeunes architectes

Au début du mois de juin, comme l’année dernière, je suis allée fêter mes 29ans chez mon amie barcelonaise d’adoption. Cela pourrait finir par devenir un rituel : il y fait bon, mais pas trop chaud, les prix sont plutôt attractifs, l’ambiance est toujours festive, et déambuler autant dans les ruelles de la vieille ville que le long des avenues de la trame de Cerda, est pour moi toujours un plaisir. Cette année j’ai même réussi à force de marche, à blesser les pieds et les jambes de ceux qui m’accompagnaient. J’aime l’ambiance décontractée qui règne dans cette métropole, le bruit, les couleurs, les odeurs, les terrasses, la musique, le linge aux fenêtres, la végétation, le vol des perruches, l’architecture moderne, les petites places confidentielles, les façades toujours plus surprenantes les unes que les autres, le bord de mer et son port. Et, bien sûr tout son patrimoine qui se mélange à cette vie grouillante, dans laquelle il fait bon se fondre le midi dans un petit marché avec des patatas bravas arrosées de vermouth et le soir dans un bar à tapas avec les Pimientos de Padron et une bière fraîche. Seulement je ne suis pas la seule ! Cela fait maintenant un certain nombre d’années que nous nous sommes passés le mot : il fait bon vivre à Barcelone. Seulement cet engouement a ses limites, surtout pour ceux qui y vivent pour de vrai !

UN DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE FULGURANT

Le développement du tourisme à Barcelone en 20 ans a été fulgurant, de 2 millions de touristes par an, la ville en accueille aujourd’hui plus de 8 millions pour 1,7 millions d’habitants. Posant ainsi à la fois un problème purement matériel de l’ordre de l’accueil et des équipements, et de l’autre un problème plus profond relevant de la dimension sociale, de l’identité de la ville et de ses habitants. La ville vit une mutation spectaculaire, les jolies rues avec leurs boutiques typiques et leurs jolis marchés se transforment en magasins de souvenirs géants. A l’heure actuelle il y a plus de touristes qui errent dans les allées du célèbre marché Boqueria que de voisins qui viennent y faire leurs courses.

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La Rambla

Petit à petit les différents quartiers ont été pris d’assaut et ont vu leur visage changer. Des changements inhérents aux villes qui développent le tourisme, quand on sait que le tourisme est un des grands acteurs du commerce international, la première industrie mondiale et un vrai moteur économique pour les pays qui le développent. Lorsqu’il reste mesuré et en harmonie avec les pratiques du pays, cela est vivable pour la population, quand il devient démesuré, il peut bouleverser un certain ordre social. Et l’Espagne est selon l’organisation mondiale du tourisme le 2e pays du monde qui engrange le plus de recettes touristiques derrière les Etats-Unis ! … Et devant la France.

Barcelone reste une « petite ville », avec quelques endroits phares à visiter, regroupant l’ensemble des visiteurs sur des périmètres assez concentrés et restreints, augmentant la densité de touriste au m² de façon exponentielle.

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Le début de la saturation du grain de sable.

DES LOCATIONS A LOYER NON MODÉRÉ

Les hôtels se sont donc multipliés mais aujourd’hui il existe plus d’appartements à louer par des particuliers que de chambres d’hôtels. Des appartements pour un grand nombre dont la location est illégale. Si pendant longtemps la location d’une chambre dans un appartement privé permettait à certaines familles d’arrondir leur fin de mois, aujourd’hui des individus peu scrupuleux louent de façon illégale des appartements entiers. Des locations illégales qui vont de paire avec : fraude fiscale, sous locations non déclarées aux propriétaires, usurpation d’identité, faux contrats, location recevant 8 personnes alors que l’appartement n’est adapté que pour 3. Aujourd’hui ce genre de cas fait légion. Une association de lutte contre les locations illégales d’appartements, piste un loueur illégal qui aurait sur le marché 50 appartements dans toute la ville. Les locations se font à la nuitée à des prix plus ou moins intéressants, offrant une marge assez juteuse.

D’après une étude de la fédération patronale hôtelière Exceltur, 137 000 places seraient proposés via des plateformes comme Airbnb, contre 74 000 places dans les 600 hôtels que compte la ville et 9 600 appartements touristiques déclarés !

Les conséquences on les connait bien, le prix du foncier augmente, les commerces sont obligés de fermer les uns après les autres car les loyers commerciaux explosent, les locaux ne viennent plus faire leurs courses, et les boutiques sont rachetées par les commerces touristiques. Ainsi petit à petit c’est l’identité d’un quartier entier qui se délite, et qui disparait, des tensions qui émergent, et une économie parallèle qui prend le pas sur l’économie classique.

A la Barceloneta par exemple, un ancien port de pêche, ce quartier très populaire en bord de mer sent bon le dépaysement. La même association de lutte contre les locations illégales en a recensé 1 500 appartements, avec un chiffre d’affaire de 9 millions d’euros par ans. Le foncier a augmenté en flèche et il devient presque impossible de s’y loger à l’année, créant chez les habitants un profond sentiment d’injustice auquel s’ajoutent le bruit, la crasse, et un manque de respect sans bornes.

LE MOUVEMENT ANTI TOURISTES

Car au-delà du tourisme de masse qui draine une population intéressée par la capitale catalane et ses joyaux dans un certain respect de la ville et de ses habitants, s’ajoute le tourisme festif, et là pas question d’aller visiter gentiment les merveilles de Gaudi, de visiter des musées ou d’arpenter MontJuic sous les pins. Les nouveaux touristes sont là pour faire la fête à bas coût toute la nuit et s’écraser de sommeil sur la plage la journée. Aujourd’hui on découvre l’ambiance d’une ville à travers ses bars et ses boites de nuits, et on laisse nos bonnes manières à la frontière, toutes les incivilités (bruit, comportements alcoolisés, déchets, urine) sont permises et une partie des habitants de Barcelone est arrivée à un point de non retour.

En effet, un mouvement anti touristes les nerfs à vif, a vu le jour il y maintenant 3ans au cœur de la capitale de catalogne. Et on les comprend !

La Barceloneta reste la cible privilégié des nouveaux fêtards, des hordes de soulards y déferlent de manière ininterrompue sans aucun savoir vivre. Ce quartier historiquement tranquille s’est transformé en enfer pour ses habitants. La goutte qui a fait déborder le vase ce sont plutôt trois petites gouttes : trois italiens en 2014 ont décidé en plein après midi de se balader dans la ville et le long de la plage dans le plus simple appareil.
Les gens se sont donc organisés, les balcons ne sont plus fleuris mais arborent des banderoles anti touristes, les rues sont placardées d’affiches nous exhortant de «retourner chez nous», des manifestations régulières sont organisées.

Des mesures ont ainsi été prises par la nouvelle maire de la ville Ada Colau, militante contre les exclusions, dans le cadre de la crise immobilière espagnole. Elle a mis en place un moratoire sur les hôtels et les appartements touristiques, elle a également annoncé le gel de 30 projets d’hôtels et cette semaine elle a présenté un plan de lutte contre les appartements illégaux comprenant des peines d’amende pouvant atteindre les 600.000 euros. Dans son champ de mire, les plateformes telle que Airbnb. Mais le sujet reste sensible quand on sait que 14% de la richesse de la ville est générée par le tourisme, cependant des mesures claires doivent être prises, si Barcelone ne veut pas être saturé de touristes et devenir disneyland, car il semblerait que trop de tourisme tue le tourisme.

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Manifestation de 2014

VISITER, OUI, MAIS COMMENT ?

Barcelone est l’exemple parfait des conséquences du tourisme de masse. Première industrie mondiale, le tourisme s’homogénéise aux 4 coins du globe, écrasant les spécificités culturelles et la diversité tel un rouleau compresseur. Les pays se débattent pour se mettre à niveau et offrir de meilleures prestations que leurs voisins en cherchant à offrir le confort que cherche le touriste blanc. Les dérives sont nombreuses et le cas de Barcelone l’illustre parfaitement, les gens ne viennent pas dans un souci de découverte et d’émerveillement, avec une envie de découvrir l’autre, mais plutôt en le niant pour profiter au maximum.

La force catalane c’est sa capacité à dire non et à refuser de se laisser écraser par la mondialisation en marche, heureusement les pouvoirs publics en place, sont aujourd’hui à l’écoute et tentent de mettre en place des mesures.

Mais ce rejet symptomatique envers les touristes devraient nous mettre à tous la puce à l’oreille, quant à nos pratiques touristiques, même si nous ne faisons pas partie des fêtards irrespectueux. Nos déplacements, et nos centres d’intérêt ont un impact direct sur la vie des gens chez qui nous allons, au-delà du respect que nous leur devons nous participons sans nous en rendre compte à cette uniformisation malsaine du monde. Seulement est-il possible aujourd’hui d’échapper au tourisme et de retrouver l’essence du voyage ?

APG//

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