// LAGOS, CONTRE-MODÈLE DE MÉGALOPOLE – l’image-récit #4

Image à la une de La ville en débat sur Site et Cité, atelier d'écriture pour jeunes architectes

LE TABLEAU URBAIN

Au premier plan, un parking géant où s’entassent plusieurs centaines de voitures, des milliers peut-être. Sur les limites extérieures de ce parking, marquant la limite avec le secteur bâti, une allée d’étals de marchandises où se pressent les chalands. On distingue à l’arrière deux ensembles urbains. Le premier, sur la gauche, semble plus traditionnel et présente des volumes homogènes de deux ou trois étages ; le second, au centre de la photo, comporte des volumes plus hauts, des immeubles de bureau ou des immeubles commerciaux, qui s’élancent à mesure que l’on se dirige vers l’arrière-plan, jusqu’à devenir des immeubles de grande hauteur. A l’arrière-plan, derrière la forêt urbaine, se cache un port, et l’océan qui l’accompagne.

Une étrange impression de cohue organisée nous saisit. Une multitude de couleurs, de matières, formes et de gens, se développe dans un plan pratiquement infini que seul l’océan arrête. La ville de Lagos, ancienne capitale du Nigéria, ancienne colonie portugaise puis anglaise, porte en elle plusieurs centaines d’années d’histoire et les marques d’une urbanisation progressive mais massive et non maitrisée, une tâche d’huile qui se répand et grouille d’activité. Le paysage n’est plus qu’urbain et construit, la nature a disparu.

Ville représentative de tout un hémisphère, Lagos est pourtant à la fois la synthèse de cultures éparses, et l’incarnation d’un modèle nouveau qui prend ses marques dans l’histoire à venir et tend à surpasser tous les autres : la ville spontanée.

 

INFLUENCES, MODÈLES

La ville de Lagos est la plus grande concentration humaine du continent africain. 12 millions d’habitants intra muros, et plus de 20 millions dans l’agglomération. Une densité vertigineuse de près de 50 000 habitants au km2 dans certaines parties de la ville. Cette concentration se retrouve dans la densité des constructions, l’importance des flux et la rareté des espaces libres.

Cosmopolite, Lagos l’est d’une part par les influences qu’elle a su intégrer et reproduire à son image : les grands immeubles, référence aux fameux CBD (central business district) nord-américains, modèle archétypale de la mégalopole contemporaine ; les immeubles moyens et les dédales de rues sinueuses, ville plus anciennes aux influences coloniales et européennes, surtout dans certaines architectures, et la place du marché, place du village africain où s’entassent voitures, baraques en tôle et étals de marchandises.

Il semble régner dans cet espace urbain une grande cohérence dans la juxtaposition des formes et dans l’expression des fonctions. Circuler, consommer, habiter, travailler. Seulement, dans le cas de Lagos, c’est l’influence de ces modèles internationaux que nous connaissons tous, confrontée aux réalités et aux usages locaux, qui entraine un tableau urbain difficilement saisissable, un modèle d’urbanisme spontané en mouvement, dont l’expression la plus singulière se retrouve avant tout dans les couleurs de l’architecture, et dans la pratique de l’espace public.

 

SPONTANÉITÉ, PRAGMATISME

Le marché est installé sur une vaste place, plutôt centrale dans la ville de Lagos et alors que le sol est en terre battue et qu’aucun élément ne délimite l’espace, tout est parfaitement bien organisé. Les voitures sont rangées suivant une logique plutôt régulière (même si toutes ne peuvent pas s’échapper), et les allées du marché occupent la périphérie de la place, elle-même entourée des voies de circulation. A l’image de la ville spontanée tant incomprise par les occidentaux, l’occupation de l’espace public est une leçon de savoir-vivre d’organisation spontanée. La partie de la ville que la photographie ne montre pas renvoie directement à cette notion de ville spontanée : les bidonvilles, terrestres ou maritime (péniches habitées), occupent une grande partie de Lagos et constituent une forme d’urbanité propre à la mégalopole.

Le pragmatisme s’impose dans ces espaces de la démesure et de la densité. Alors même que nous sommes contraints de baliser par l’intermédiaire d’un panneau, d’un marquage au sol et d’un écriteau, la moindre place de stationnement pour personne à mobilité réduite dans n’importe quel village de France, il existe certains lieux où l’organisation est nécessitée par la démesure. C’est là tout le paradoxe de ces nouvelles mégalopoles qui jalonnent l’hémisphère sud : des villes de contraste, de vétusté, d’absence d’organisation, d’insalubrité, d’indigence, mais d’un dynamisme économique, social, culturel et économique incroyable. Des villes qui ne cessent de croitre, de se renouveler, de composer, d’inventer, de faire au mieux avec les moyens qu’elles ont.

 

ANTICIPATION

Que retiendrions-nous d’une telle image ? Son originalité, sa brutalité, son foisonnement ? La ville africaine de Lagos est à l’image des couleurs qu’elles projettent : une mosaïque de cultures et d’influences en train d’écrire un morceau d’histoire urbaine. La ville du XXIe siècle se retrouve dans une étrange synthèse entre des modèles internationaux usés et des pratiques spontanées et locales qui prouvent que l’empreinte vernaculaire n’a rien à voir avec l’échelle ou l’importance de la ville, mais ne repose que sur la capacité d’une société à accepter, tolérer voire intégrer ces contre-modèles, loin, bien loin de la modernité sermonnée…

// Grégoire Bruzulier

Le petit son de l’article : Polo & Pan « la Canopée »

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3 réflexions sur “// LAGOS, CONTRE-MODÈLE DE MÉGALOPOLE – l’image-récit #4

  1. L’intérêt de la mégalopole c’est qu’il y a du monde, beaucoup de monde, beaucoup d’humains, beaucoup d’individus. Le résultat : de la créativité, du chaos…organisé, des formes, des couleurs, …..la vie quoi !!!

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