// L’IMAGE D’EPINAL

Les locaux chics de BIG source : site internet de l'agence

Dans les films et les séries, les architectes sont souvent représentés comme des entrepreneurs à la tête de cabinet design. Leurs agences sont stylées, lumineuses et les employés fourmillent pressés et stressés. De leurs caractères, on souligne leurs côtés snob, hautain avec un égo aussi présent que le I-book pro 19 pouces sur le bureau.

Caricature.

Il est vrai que les images d’Epinal sont par nature caricaturales et qu’on ne peut s’y fier comme valeur absolue, cependant toute déformation ne part-elle pas d’une vérité 

? Si cela est vrai, alors pourquoi les architectes ont-ils cette réputation ? Cela cache-t-il une vérité honteuse ou un malheureux malentendu ?

 

L’ARCHITECTE SUR FOND HARCOURT

L’autre jour, en feuilletant un bouquin, j’ai été surprise de voir certaines images du (DIEU) Le Corbusier. Le maître de beaucoup et le seul archi connu de tant d’autres s’est immortalisé sur de nombreux clichés en toutes tenues et en toutes circonstances. Le Corbusier avec des amis, Le Corbusier en famille, Le Corbusier à la plage.

A travers ces photos du quotidien, le concepteur apparaît comme un homme, un homme normal, sans signe extérieur de richesse exceptionnelle ou de génie.

Le Corbu, photos de vacances Source : Le Corbusier: lui même, Jean Petit, Éditions Rousseau, 1970

Le Corbu, photos de vacances.  Source : Le Corbusier – lui même, Jean Petit, Éditions Rousseau, 1977

Le Corbusier serait-il le premier normcore?

Le Corbusier serait-il le premier normcore?

La découverte de ces clichés a vraiment étonné mon regard formaté, habitué à voir nos architectes contemporains photographiés en noir et blanc, type Harcourt, les cheveux fous et l’œil malicieux. Ces clichés à la mode se retrouvent régulièrement et leur propagation démontre que de nouveaux codes de représentation régentent la communication des agences.

En détaillant la mise en scène de ces photos (le cadrage, la lumière), on comprend les intentions de montrer le sujet brillant, magistral, presque iconique pour certains. Le fond est souvent noir ou uniforme et l’architecte y pose, séparé de tout environnement reconnaissable.

Ces images inspirent un détachement et un éloignement du monde que l’architecte est pourtant censé comprendre et aider à se construire. Alors forcément, avec des telles images véhiculées, l’Epinal reste et persiste et il aura (presque) bien raison.

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L’EGO DANS LES POUBELLES

De nos jours, alors que les dictats de la communication envahissent chaque profession et tendent à devenir notre seconde langue vivante, je ne peux pas imaginer que ces photos sont issues d’un hasard ou que personne n’a songé aux interprétations possibles. Mais d’un point de vue de praticienne, cette représentation est très loin de l’image que je me fais de mon métier.

Le quotidien des agences que je fréquente n’est pas noir et blanc sur fond chromé. Comme toute entreprise, l’architecte connaît au jour le jour des courants de panique avec des contrats impayés, des coups de gueules de clients stressés, des rendez-vous chronophages avec l’homme de maintenance de la photocopieuse. Bref une vie de boulot. Après les journées officielles, si les têtes sont grosses, ce n’est assurément pas qu’à cause de l’égo ou de la fierté d’avoir fait un joli dessin.

De même, l’architecte n’est pas une étoile solitaire. Au contraire, loin d’être un créateur isolé, notre métier se vit au quotidien comme un travail collectif et collaboratif. Nous travaillons avec des clients, des entreprises, des artisans, des bureaux d’études. Le but est de synthétiser les attentes des uns et d’orchestrer les compétences des autres. L’architecture ne peut briller que si elle confond les talents et transcende les contraintes.

Dans un projet, l’architecte ne fait pas que souligner les lignes principales avec un flash clair. Non, il s’intéresse aux logistiques cachées et réfléchis à toutes les zones d’ombres. Il se penche même dans vos poubelles, pour dessiner leurs locaux en fonction des fréquences de ramassage ou des modes de tri.

Ainsi notre travail ne s’arrête pas à une image de concours bien léchée, mais se satisfait au contraire d’un détail d’étanchéité ingénieux ou d’un matériau bien mis en œuvre.

L’ARCHITECTE, UN ARTISAN COMME LES AUTRES?

Ainsi en est-il de l’envers du décor. Architecte, un métier glamour ou snobinard ? Non, je ne le crois pas. Hier j’ai passé 2h à dessiner des WC, pas très excitant (quoique) mais réaliste. Un métier d’ambition ? Oui, mais seulement à votre service !

Un artisan en somme, producteur et compétent en sa matière.

Un homme pas plus malin, ni plus beau, qui hante plus souvent les chantiers que les studios de photos.

 

// CDu

Le petit son de l’article : Omi – « Cheerleader » (Felix Jaehn Remix)

Sources : Photos archi – sites d’agence / internet
Photos Le Corbu – Le Corbusier: lui même, Jean Petit, Éditions Rousseau, 1970
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3 réflexions sur “// L’IMAGE D’EPINAL

  1. Et si l’architecte navigait un peu entre deux pôles ? Créateur génial et inspiré (ou pas !) et artisant du quotidien. Rêveur à l’imagination fertile et technicien du détail. Et si parfois certains se perdent un peu dans une mégalomanie incontrôlée n’oublions pas qu’avant tout un architecte est …..humain….

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