// DES CHAIS D’OEUVRE

La Coste Tadao Ando 4Image à la une de La belle architecture sur Site et Cité, atelier d'écriture pour jeunes architectes

Dans mon billet “conseil d’été”, je vous parlais d’un site que je souhaitais vivement visiter sur la route de mes vacances, car il semblait la promesse d’une expérience architecturale singulière. Ma balade au château La Coste a dépassé mes attentes par la singulière rencontre de l’art et de l’architecture au cœur des vignes et du terroir provençal. Magique !

PAVILLON D’ART DANS LES VIGNES

Le détour commence en quittant les sentiers battus d’Aix en direction du Puy-Sainte-Réparade, les discrètes flèches directionnelles qui indiquent le château nous conduisent à travers vallons et sous-bois dans un paysage déjà admirable. Après un dernier virage, le portail d’entrée se présente : un long mur de béton blanc. Simple, efficace et puissant. Signé Tadao Ando s’il vous plait !

Dès l’entrée, la mesure est donnée. Le domaine du château La Coste est un territoire prédestiné à faire se rencontrer l’art, l’architecture et la passion viticole et agricole. Des artistes et des architectes (non des moindres, nous les citerons bientôt) sont invités à visiter le domaine et à proposer une installation artistique à l’emplacement de leur choix. L’œuvre créée s’implante in situ et instaure un rapport fort avec le paysage. Les beautés naturelles du domaine sont ainsi soulignées et jouées par le geste de l’artiste et de l’architecte et contribuent réciproquement à mettre en avant l’art et l’architecture apportés.

La Coste

Pièces d’art du château La Coste

 

UN PROGRAMME EN NAME DROPPING

Pour parfaire cette intention, l’offre a été proposée à certains des plus grands maîtres du milieu. Côté archi, nous pouvons citer Frank Gehry et son pavillon de musique, Jean Nouvel pour la cuverie et Tadao Ando pour une chapelle céleste, le centre d’art. Soient trois lauréats du prix Pritzker (l’équivalent de l’Oscar ou du Nobel de l’architecture), autant le dire tout de suite : la haute classe.

Côté art, vous rencontrerez au cours de la balade, l’Oak Room d’Andy Goldsworthy, une maison de cloisons multicolores de Liam Gillick, une cloche à vibrations de Paul Matisse, les insertions d’acier de Richard Serra, les portiques électromagnétiques de Tunga, une araignée de Louise Bourgeois, l’ellipse flottante et miroitante de Tom Shannon …

Vous en voulez encore ? Vous avez raison ce n’est pas fini, le site rassemble vingt plaisirs esthétiques et en proposera encore davantage en 2016, puisque La Coste s’apprête à accueillir d’autres œuvres à l’issue de l’année : Renzo Piano, Richard Rogers, Oscar Niemeyer, James Turrell, encore un Nouvel, un nouveau Gehry .. Du haut niveau qui viendra prolonger les deux heures de visite nécessaires pour faire le tour du domaine.

 

EVEIL AU GENIUS LOCI

La visite se présente donc comme un jeu de piste à la poursuite de toutes ces œuvres éparpillées sur le domaine. Une fois l’étourdissement du programme passé, demeure la confrontation avec les œuvres et leur lien avec le paysage. A ce titre, les pièces qui m’ont le plus séduites sont sans aucun doute les folies architecturales. Je conserve avec l’art un rapport ambivalent, car si je suis convaincue de la nécessité de la recherche et création artistique, je reste souvent hébétée devant le résultat. Que veut dire le mur sculpté de Sean Scully ou les renards de Michael Stipe ? Apportent-ils un regard nouveau sur l’environnement dans lequel ils s’intègrent, un discours sur le lieu, la société qui le vit ?

A ce titre, l’architecture me paraît plus évidente à cerner, car elle crée un espace qui a un sens pour lui-même (une fonction) et qui justifie déjà sa création. A ce programme, s’ajoutent une valeur esthétique et un dialogue avec le paysage.

Cette sensibilité a été plusieurs fois éveillée pendant la balade, notamment lors de la visite de la chapelle de Tadao Ando. Ce bâtiment a été imaginé à partir des ruines d’une chapelle existante dont il ne restait que les quatre murs. Tadao Ando a créé une double peau en verre autour des murs de pierre, rythmée par des montants métalliques qui strient le paysage. La chapelle est ainsi divisée en deux espaces aux caractéristiques opposées : la lumière et la vue sur les vignes dans le narthex, l’obscurité et l’introspection dans le chœur. Dans le chœur, une douce lumière s’infuse par le pourtour du plafond et l’arrière de l’autel donnant une aura mystique au lieu.

      La Coste Tadao Ando 2   IMG_4493

 

MÉCÉNAT EN OR

Outre les émotions liées aux lieux, aux pièces d’art et la confrontation avec l’architecture de mes plus grands maîtres, certaines questions sont venues à moi. Quel est le mystérieux commanditaire qui se cache derrière le nom de La Coste ? Est-il mécène, démiurge, philanthrope ? Ou bien ambitionne-t-il un tournant touristique et commercial à son site par l’appât culturel?

L’origine financière des projets est tue de la communication officielle du domaine. Sur le site internet, le nom du propriétaire n’apparaît pas et il faut aller chercher un peu pour trouver des détails sur les intentions du propriétaire, M. Patrick McKillen, riche homme d’affaire irlandais. Collectionneur, celui-ci s’offre le luxe d’une galerie à ciel ouvert pour ces sculptures à échelle 1, invitant à l’occasion le public -pour quelques (raisonnables) euros tout de même- à venir s’abreuver de vin et de culture et faire école de la beauté .

Le soin manifeste de l’exécution et des détails trahit un budget généreux qu’aucune recherche n’a su révéler. La liberté accordée au talent semble être une des règles du maître d’ouvrage, tant par le choix du site, que l’œuvre et les moyens de production, mais pour quels objectifs ?

En discutant avec l’équipe de Site et Cité de cet article, Grégoire a soulevé l’idée que l’art n’était pas toujours une fin en soi, mais souvent le moyen pour atteindre une fin. Je ne suis pas sûre d’être d’accord avec cette affirmation car ma foi sincère dans l’homme me fait espérer que certains pourraient se détacher des mesquineries humaines pour se consacrer à la quête idéale du « beau ». Mais cette remarque fait résonner les rouages de la réalité dans laquelle le mécène use de l’art comme un vecteur de valorisation de son image de marque et de son pouvoir ou encore, un moyen d’émancipation fiscale. L’industrie même du vin (de luxe) est une niche éminemment politique et financière où sévissent les puissants de ce monde.

 

« Un 2011, ce Lafite Rothschild? C’est possible. En tout cas, c’est sûrement un Ricardo Bofill! » 

Dans le monde du vin, la confiance accordée aux architectes n’est pas une première et j’ai découvert avec passion que de nombreuses maisons viticoles avaient fait appel à de grands noms pour construire leurs chais et leurs caves.

Ce milieu ne m’est pas familier mais il semblerait que la compétition fasse rage entre les Châteaux pour entretenir leurs renommées. Poussés par les progrès œnologiques et leurs politiques de marque, les Châteaux choisissent souvent de confier les nouveaux équipements nécessaires à l’exploitation à des architectes de renom pour réaliser un projet qui intriguera au passage les adeptes du tourisme viticole.

Le pionnier dans cette voie fut la maison Lafite-Rotschild qui inaugura en 1985 un chai souterrain et circulaire, totalement innovant dans la façon de stocker les barriques et de mettre en scène le vieillissement des vins. Second coup d’éclat, le chai de Wilmotte pour le domaine Cos d’Estournel. Il s’en suivra une longue liste de projets, dont l’historique est trop long pour être cité (s’il vous intéresse, je vous invite à lire cet article du journal le Sud-Ouest).

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Le milieu du vin (de luxe) est donc une filière haute de la construction (de luxe). Devant un tel engouement, on peut se douter que les raisons esthétiques ne sont pas les seules motivations de ce joli monde de businessman.

En attendant d’avoir un avis économique critique, je ne peux que me réjouir de voir de beaux bâtiments dans les campagnes, offrant ainsi un marché non seulement aux stars, mais aussi aux architectes, moins célèbres et moins chers, des régions viticoles (la gironde en tête). D’ailleurs à l’agence, qu’avons-nous dans nos ardoises ce mois-ci ? Une esquisse pour un chai ! Vive la Drôme et les côtes du Rhône !

// CDu

 

Le petit son de l’article : K’NAAN – « Take a minute »

https://vimeo.com/12706824

 

 

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